Françoise Bétourné Psychologue de l’adulte jeune et senior

 

Psychologue clinicienne

Diplômée de l’Université Paris-VII – Denis-Diderot :

  • DESS de Psychologie clinique et pathologique (Master professionnel).
  • DEA Processus et Dysfonctionnements (Master de recherche).
  • Docteur en Psychopathologie fondamentale et Psychanalyse (Thèse de doctorat : L’insistance des retours du Un chez Jacques Lacan).

Travail analytique :

Auditrice libre au CFRP (Centre de Formation et de Recherches Psychanalytiques) puis à Espace Analytique dans l’ombre portée de Maud Mannoni et de Joël Dor.

Expérience de la psychopathologie du sujet âgé :

  • Psychologue clinicienne « des résidents et des familles » dans une Maison de retraite médicalisée du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris (CASVP) du vingtième arrondissement (aujourd’hui à la retraite).
  • Psychologue clinicienne en libéral rattachée au réseau « Memorys ».

Réflexions inspirant la clinique

Son amour du langage et surtout de celle ou de celui qui le parle (le parlêtre, dirait Jacques Lacan) et son expérience clinique de la souffrance psychique (qu’elle repère à l’écoute de ses expressions manifestes et/ou latentes) inspirent à Françoise Bétourné le désir d’utiliser le transfert (autant l’un des quatre concepts majeurs de la psychanalyse lacanienne[1] que l’affect fondateur de la relation intersubjective thérapeutique) dans ses tous ses états, les plus surprenants comme les plus novateurs.

Glissements théoriques.

Françoise Bétourné exporte les concepts psychanalytiques lacaniens, a forciori freudiens, au registre de la gérontologie. Ce transport n’a rien d’un appauvrissement métonymique. Il donne au contraire l’opportunité à des effets de sens métaphoriques de surgir puisqu’il est mis au service de la compréhension des symptômes de la personne âgée prise dans les affres encore peu connues par les praticiens de la psyché : la maladie d’Alzheimer et les autres démences apparentées. La psychologie de la personne démentalisée n’est plus un « continent noir »[2] (pour reprendre l’expression freudienne appliquée aux mystères insondables de la sexualité féminine) mais peu s’en faut ! Elle est encore occultée par un épais brouillard et, en conséquence, demeure un lieu de passionnantes investigations, présentes et à venir, susceptibles de lui apporter des éclaircissements bénéfiques.

Changement d’oreille.

Dans le cadre de son bureau, respectueuse des règles fondamentales fondatrices d’une clinique de la psyché et des traditions qui ont structuré son éthique, Françoise Bétourné écoute, d’une manière orthodoxe (adaptée au « style » désirant de chacun donc à l’expressivité de sa structure psychique), les dérapages du signifiant au sens où Freud le prescrivait. Aussi bien, soigne-t-elle par leur parole (au sens particulier que la psychanalyse donne au signifiant soin) deux catégories de patients :

  • soit des adultes inspirés par le désir du soulagement rapide d’une souffrance présente invalidante mais qui leur semble circonstancielle;
  • soit des adultes conscients que, défensivement, leur douleur actuelle dissimule un ou des traumas inconscients refoulés (remontant le plus souvent jusqu’à la toute petite enfance) et qui veulent entreprendre un travail de fond long et difficile exigeant de nombreux remaniements psychiques sans bien savoir jusqu’où cela va les engager et jusqu’à quand.

Mais les progrès de la médecine ayant permis un allongement considérable de l’existence, le temps faisant son œuvre, l’adulte voit s’ouvrir, devant le senior puis le vieillard qu’il devient peu à peu, une longue période de vie dont l’évolution se charge parfois d’une indéniable négativité. Elle bascule alors en son contraire : une involution difficile à appréhender pour lui comme pour ses proches dont il devient, à son grand dam, dépendant. Une sorte de paradoxe destinal s’impose : plus le temps s’allonge et plus il inflige au sujet l’épreuve de sa déperdition chronologique (confusions temporelles) comme l’horreur de sa perte définitive (angoisse de mort).

Devant l’urgence d’un manque que l’inconscient ne connaît pas mais qui harcelle la personne âgée : le manque de temps, osant enfreindre la sévérité de la règle en devançant une demande d’aide que la démence rend difficilement formulable, Françoise Bétourné anticipe le surgissement de la parole raréfiée pour apporter son soutien au sujet démentalisé que sa dépendance à l’autre accable et désespère. Parce que, à un certain stade d’atteinte neuro-psychique, il devient quasiment impossible pour le psychologue clinicien de faire la différence entre une parole anodine consciente et une parole inspirée par un désir inconscient, tout signifiant, même à l’extrême de sa sonorité silencieuse, est entendue par Françoise Bétourné comme étant plein. Son oreille n’est plus du tout d’écoute flottante mais au contraire d’écoute attentive, attentionnée, d’écoute intuitive et si nécessaire supplétive. Le « Il me semble maintenant l’avoir toujours su »[3], épinglé par Freud, ne peut plus découler pour le patient âgé dément du bonheur de s’entendre prononcer une insignifiance devenue, pour cela, signifiante, un vrai savoir subjectivant. Il est alors impératif de dire à la place du sujet alzheimérisé ce qu’il sait qu’il sait (parce qu’il l’a su) sans pouvoir le projeter malgré son titanesque effort, pour lui donner l’apaisement de la reconnaissance et de la réappropriation: « Bien sûr ! C’est ça que j’ voulais dire mais j’sais même pas où il était. J’ l’avais même pas sur l’bout d’ la langue…»

Déplacement géographique.

Psychologue de proximité, ayant intériorisé et symbolisé son bureau, Françoise Bétourné choisit de s’en passer pour se rendre au domicile de la personne âgée, c’est-à-dire au lieu où elle se sent le mieux même seule, là où les objets ayant une âme[4], elle est enveloppée par ses souvenirs « incarnés », là où, n’ayant plus le loisir de se déplacer pour aller vers autrui, elle attend cependant et espère.
Qu’attend-t-elle ? Qu’espère-t-elle?
Le plus souvent l’autre tout simplement.
Mais quel autre ?
Parce que, à côté de ses qualités humaines (qu’une psychologue ne cesse pas de travailler soucieuse qu’elle est de déjouer les tours et détours de son propre inconscient), elle possède la technicité de son art, et simplement parce que c’est son métier, en tout cas tel qu’elle l’entend, Françoise Bétourné met à l’épreuve de la réalité quotidienne le fait qu’une clinicienne peut probablement plus aisément qu’un autre soignant saisir que la personne âgée fomente (à son su ou à son insu) l’espoir secret que quelqu’un entende son appel silencieux. Alors, non seulement soucieuse de briser l’isolement du sujet âgé, Françoise Bétourné vient à lui pour stimuler son désir de disponibilité et déjouant son semblant de vacuité aiguiser son intérêt pour autrui. Par sa chaleur et son professionnalisme, elle peut mobiliser le transfert de la personne âgée et, au-delà de son soutien, lui apporter les reviviscences sociales, politiques, culturelles du monde, les parfums du dehors, les caresses du regard, la chaleur des échanges intersubjectifs et même ses tumultes… en un mot, toutes les intenses vibrations de la Vie.

Démultiplication de la fonction clinique.

Si la démence atteint douloureusement la personne âgée dans la chair de son esprit, elle n’en affecte pas moins ses proches dont l’existence est complètement bouleversée. Psychologue d’une personne, Françoise Bétourné est amenée presque consécutivement à devenir la psychologue de ses proches à savoir de ses aidants familiaux comme parfois même de ses auxiliaires de vie…
Les aidants, animés par le désir de faire mieux que bien et culpabilisés de n’y pas parvenir, en repoussant l’idée que c’est impossible, dépassent souvent leurs limites. Ils sont alors physiquement épuisés et moralement atteints aux tréfonds d’eux-mêmes et encore beaucoup plus qu’ils n’osent se l’avouer… Atteints par le symptôme de l’« oubli de soi » (non pas contagieux, non pas collectif, non pas vraiment familial mais en quelque sorte « partagé »), embarqués que sont l’« aidé » et l’« aidant » dans un même bateau à la dérive, chacun n’en demeure pas moins pour Françoise Bétourné un sujet à part entière unique et irremplaçable.

Démarche funambulesque sur un fil de carence sociétale.

Dans la mesure où la personne âgée n’a presque jamais l’initiative d’une demande de soutien psychologique, Françoise Bétourné, qui a travaillé en EHPAD[5], est consciente de marcher sur un fil dont c’est peu de dire qu’il surplombe un royaume paradoxal.

Concernant le « soin » (pris dans la multiplicité de ses significations) à donner à d’une personne âgée atteinte de polypathologie, dont la détresse psychique est un des symptômes majeurs, comment concilier la notion de profession libérale (qui implique la solitude d’une fonction) et l’exigence de la pluridisciplinarité en évitant au sujet la menace de la parcellisation, autrement dit de son objectivation ?
Le rattachement de Françoise Bétourné au réseau « Memorys » est, selon elle, un début de réponse à cette importante question comme l’est, par exemple, le fait qu’elle ait répondu positivement, et avec le plus vif intérêt, à l’invitation des responsables des Ateliers Claude Chassagny pour participer activement, en 2008, avec ses collègues orthophonistes à la journée d’étude sur Langues et Identité (dont témoigne son dernier article paru dans Ortho magazine [6]).

Freud était neurologue et psychiatre, Lacan était psychiatre, tous deux étaient donc initialement médecins ; bien d’autres psychanalystes le sont après eux… Pour Françoise Bétourné le reniement est antinomique à la psychanalyse qui, au contraire, s’est fondée et continue à élaborer et faire progresser son intellection comme à affiner sa clinique, qu’en ne renonçant à rien de ses tâtonnements théoriques et de ses remises en causes conceptuelles constantes imputables à la complexité de la pâte humaine faite autant d’esprit, d’âme et d’inconscient que de chair et de sang. Aussi bien, au moins lorsque « la psyché s’égare » (pour reprendre l’expression de Claudine Montani[7]), l’être humain ne pouvant plus prendre lui-même librement l’initiative d’une démarche psychologique qui lui serait pourtant vraiment bénéfique, sans l’intervention de son médecin généraliste ou de son gériatre pour le reconnaître et lui conseiller de l’entreprendre (ou à défaut, l’évoquer auprès de ses aidants), aucun travail psychothérapeutique n’est vraiment rendu possible. Et si, devant l’ « infortune » (pris ici dans sa signification la plus concrète) de leur patient, ces médecins hésitent souvent à le prescrire c’est non parce qu’ils en dénie les bienfaits, le plus souvent bien au contraire ! mais parce que la société ne prend pas en charge même pour partie, cette thérapie. Selon Françoise Bétourné une démarche d’information et de médiatisation devrait le plus vite possible (car il y a urgence !) s’engager pour tenter d’obtenir que les consultations psychogérontologiques prescrites par les médecins et assumées par des psychologues cliniciens puissent, par exemple à l’égal des séances de kinésithérapie, être remboursées par la Sécurité Sociale.


[1] Voir Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Livre XI (1964), Paris, Seuil, coll. « Le champ freudien », 1973. Fabuleux séminaire dont Françoise Bétourné eut l’opportunité d’évoquer la richesse dans sa première publication (si elle excepte les articles journalistiques de présentations d’ouvrages d’auteurs de la littérature analytique dans la rubrique « Lectures » de la revue Esquisses Psychanalytiques) en prenant pour prétexte sa parution en collection de poche. Voir Françoise Bétourné, « Une main ouverte à la transmission du Onz’en Poche », dans Esquisses psychanalytiques, n° 15, Jacques Lacan, printemps 1991, p. 31-36.

[2] Voir Sigmund Freud, La question de l’analyse profane (1926), Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient », 1985, p. 75.

[3] Sigmund Freud, « De la fausse reconnaissance (déjà raconté au cours du traitement psychanalytique » (1913), dans La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1953, p. 79.

[4] C’est ce sur quoi le poète Lamartine s’interroge : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme / Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » Voir « Milly ou la Terre natale » (janvier 1827), Livre Troisième de « Harmonies poétiques et religieuses », dans Méditations poétiques, Nouvelles méditations poétique, Paris, Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 1981, p. 270.

[5] Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.

[6] Pour plus de détails voir infra, le dernier titre de la rubrique « Publications sur le versant de la clinique gérontologique ».

[7] Voir Claudine Montani, La maladie d’Alzheimer. « Quand la Psyché s’égare », Paris, l’Harmattan, 1994.

Du côté de la théorie lacanienne

Présentation d'une approche réflexive et critique de la théorie lacanienne

Du côté de la clinique gérontologique

De quelques réflexions sur le bien-fondé du transfert de concepts analytiques en psychogérontologie

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